2 loches (fusain - 70 cm x 50 cm)
Le cobite loche, le cobite tænia, et le cobite trois-barbillons.
Le cobite loche est très-petit ; il ne parvient guère qu’à la longueur de dix ou douze centimètres : mais le goût de sa chair est très-agréable ; et dans plusieurs contrées de l’Europe, on a donné beaucoup d’attention et des soins très-multipliés à ce poisson. On le trouve le plus souvent dans les ruisseaux et dans les petites rivières qui coulent sur un fond de pierres ou de cailloux, et particulièrement dans ceux qui arrosent les pays montagneux. Il vit de vers et d’insectes aquatiques. Il se plaît dans l’eau courante, et paroît éviter celle qui est tranquille : mais des courans trop rapides ne lui conviennent pas ; et c’est ce que nous a appris, dans des notes manuscrites très-bien faites, le citoyen Pénières, membre du Tribunat. Nous avons vu dans ces notes qu’il a bien voulu rédiger pour nous, que, dans les rivières des départemens du Cantal et de la Corrèze, la loche préfère les eaux profondes, et même quelquefois les eaux dormantes, à celles qui sont très-agitées et très-battues. Elle change rarement de place dans ces portions de rivière dont le courant est moins fort ; elle s’y tient comme collée contre le sable ou le gravier, et semble s’y nourrir de ce que l’eau y dépose.
Elle est la victime d’un très-grand nombre de poissons contre lesquels sa petitesse ne lui permet pas de se défendre ; et malgré cette même petitesse qui devroit lui faire trouver si facilement des asyles impénétrables, elle est la proie des pêcheurs, qui la prennent avec le carrelet, avec la louve et avec la nasse*. On la recherche sur-tout vers la fin de l’automne, et pendant le printemps, qui est la saison de sa ponte. A ces deux époques, sa chair est si délicate, qu’on la préfère à celle de presque tous les autres habitans des eaux, sur-tout, disent dans certains pays les hommes occupés des recherches les plus minutieuses relatives à la bonne chère, lorsqu’elle a expiré dans du vin ou dans du lait. Elle meurt très-vîte dès qu’elle est sortie de l’eau, et même dès qu’on l’a placée dans quelque vase dont l’eau est dans un repos absolu. On la conserve, au contraire, pendant long-temps en vie, en la renfermant dans une sorte de huche trouée que l’on met au milieu du courant d’une rivière.
Lorsqu’on veut la transporter un peu loin, on a le soin d’agiter continuellement l’eau du vaisseau dans lequel on la fait entrer ; et l’on choisit un temps frais, comme, par exemple, la fin de l’automne. C’est avec cette double précaution, que Frédéric Ier, roi de Suède, fit venir d’Allemagne des loches qu’il parvint à naturaliser dans son
pays*. Quand on veut faire réussir ces cobites dans une rivière ou dans un ruisseau, on pratique une fosse dans un endroit qui ait un fond de cailloux, ou qui reçoive l’eau d’une source. On donne à cette fosse sept ou huit décimètres de profondeur, vingt-trois ou vingt-quatre de longueur, et onze ou douze de largeur. On la revêt de claies ou planches percées, qu’on établit cependant à une petite distance des côtés de la fosse. L’intervalle compris entre ces côtés et les planches ou les claies, est rempli de fumier, et, quand on le peut, de fumier de brebis. On ménage deux ouvertures, l’une pour l’entrée de l’eau, et l’autre pour la sortie du courant. On garnit ces deux ouvertures d’une plaque de métal percée de plusieurs trous, qui laisse passer l’eau courante, mais ferme l’entrée de la fosse à tout corps étranger nuisible et à tout animal destructeur. On place dans le fond de la fosse, des cailloux ou des pierres jusqu’à la hauteur d’un ou deux décimètres, afin de faciliter la ponte et la fécondation des œufs. Les loches qu’on introduit dans la fosse, s’y nourrissent des sucs du fumier et des vers qui s’y engendrent. On leur donne néanmoins du pain de chènevis ou de la graine de pavot. Elles multiplient quelquefois à un si haut degré dans leur demeure artificielle, qu’on est obligé de construire trois fosses...
Le cobite loche, le cobite tænia, et le cobite trois-barbillons.
...une pour le frai, une seconde pour l’alevin ou les jeunes loches, et une troisième pour les loches parvenues à leur développement ordinaire.
Au reste, on peut conserver long-temps ces cobites et les envoyer au loin, après leur mort, en les faisant mariner. La loche a la mâchoire supérieure plus avancée que l’inférieure ; l’ouverture de la bouche, petite ; la ligne latérale droite ; la nageoire du dos très-courte et placée, à peu près, au-dessus des ventrales ; le corps et la queue marbrés de gris et de blanc ; les nageoires grises ; la dorsale et la caudale pointillées et rayées ou fascées de brun ; le foie grand, ainsi que la vésicule du fiel ; le canal intestinal assez court ; l’épine dorsale
composée de quarante vertèbres, et fortifiée par quarante côtes.
Parmi les poissons d’eau douce ou de mer dont a reconnu des empreintes dans la carrière d’Æningen, près dulac de Constance*, on doit compter le cobite loche. On doit comprendre aussi au nombre de ces poissons, le cobite tænia.
Ce dernier cobite se trouve dans les rivières comme la loche ; il s’y tient entre les pierres. Il se nourrit de vers, d’insectes aquatiques, d’œufs, et même quelquefois de très-jeunes individus de quelques petites espèces de poissons. Il perd la vie plus difficilement que la loche ; et quand on le prend, il fait entendre une espèce de bruissement semblable à celui des balistes, des trigles, des cottes, des zées, etc. Bloch ayant mis deux tænias dans un vase plein d’eau de rivière et dans le fond duquel il avoit étendu du sable, les vit s’agiter sans cesse et remuer perpétuellement leurs lèvres.
La chair des tænias est maigre et coriace ; et d’ailleurs ils sont d’autant moins recherchés, que l’on ne peutguère les saisir sans être piqué par les petits aiguillons situés auprès de leurs yeux. Mais s’ils ont moins à craindre des pêcheurs que les loches, ils sont la proie des persèques, des brochets, et des oiseaux d’eau.
Leur ligne latérale est à peine sensible ; ils n’atteignent qu’à la longueur d’un ou deux décimètres. Leur dos est brun ; leurs côtés sont jaunâtres, avec quatre rangées de taches brunes, inégales et irrégulières ; les pectorales et l’anale sont grises ; une nuance jaune distingue les ventrales ; la dorsale est jaune et ornée de cinq rangs de points bruns ; la caudale montre sur un fond gris quatre ou cinq rangées transversales de points ; le foie est long ; la vésicule du fiel, petite ; le canal intestinal sans sinuosités ; l’épine du dos formée de quarante vertèbres ; et le nombre total des côtes, de cinquante-six.
Nous devons au citoyen Noël la description du cobite trois-barbillons, qui se plaît dans les ruisseaux d’eau courante et vive des environs de Rouen, et que l’on trouve, vers l’équinoxe du printemps, gras et plein d’œufs ou de laite. Sa partie supérieure est d’un roux brun, et parsemée de taches arrondies ; l’inférieure est d’un fauve clair, ainsi que les nageoires. La dorsale et la nageoire de la queue sont pointillées de noirâtre, le long de leurs rayons*.

Bernard Germain Étienne de Laville-sur-Illon, comte de Lacépède (parfois appelé de la Cépède)